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Tous entrepreneurs ! Mais où sont les travailleurs ?

La solution miracle

Les chiffres sont maintenant bien connus : d’ici à 2030, 375 millions de jeunes seront en âge de travailler en Afrique sub-saharienne. Pour la majorité d’entre eux, leurs moyens de subsistance dépendront principalement de l’économie rurale. Pour faire face à la colossale génération d’activité que suggèrent ces dynamiques démographiques, l’entreprenariat est devenu le leitmotiv de nombreux programmes et projets de bailleurs de fonds et d’ONG, ainsi que des politiques publiques. Sur fond d’afro-optimisme ambiant porté par la forte croissance des années 2000 et par la multiplication de success-stories surmédiatisées, l’entreprenariat comme « solution à l’emploi des jeunes » est finalement rarement critiqué. Compte tenu des chiffres rappelés plus haut, il est pourtant essentiel de nuancer les attentes irréalistes suscitées par cet imaginaire où des millions de jeunes ruraux constitueraient une myriade d’entrepreneurs indépendants dans les campagnes africaines. Tous les jeunes ne deviendront pas entrepreneurs, la majorité d’entre eux cumulera différents statuts de travailleur où les relations de dépendance économique et de subordination seront dominantes.

La dépendance familiale

Au-delà des mots-clés habituellement utilisés pour définir l’entreprenariat – tels que « exploiter les opportunités du marché », « innover » ou « prendre des risques » – un entrepreneur est tout d’abord un individu qui engage son propre capital (ou celui d’investisseurs) pour générer de l’activité tout en contribuant plus ou moins au travail lié au processus direct de production. En considérant cette définition, entreprendre n’est pas une chose nouvelle dans les campagnes d’Afrique sub-sahariennes. En effet, c’est le propre de la majorité des structures de production en milieu rural, essentiellement familiales, que de générer leur propre activité, qu’elle soit agricole ou non-agricole, en investissant leur capital et leur propre travail. D’ailleurs, sous l’effet de contraintes diverses, ces dernières n’ont pas d’autres choix que d’innover et de prendre des risques pour assurer leurs besoins.

Mais tel qu’il est généralement promu, l’entreprenariat semble largement ignorer les structures sociales au sein desquelles les jeunes ruraux naissent puis grandissent ; c’est-à-dire les familles. Avant de pouvoir « entreprendre », les jeunes sont avant tout des travailleurs familiaux dont les choix individuels dépendent des familles au sein desquelles ils grandissent. Etre travailleur familial est une forme de subordination aux aînés – même s’il ne peut pas être considéré comme une forme de salariat étant donné que le capital et la terre sont le plus souvent transmis à ces travailleurs. Certes, la jeunesse du continent n’a jamais été aussi éduquée et ouverte sur le monde, ce qui contribue sûrement à accroître leur capacité de transformation des structures familiales. En effet, la jeunesse est précisément une période d’évolution des dépendances économiques, sociales et culturelles, où les jeunes sont en mesure de faire évoluer les règles régissant le fonctionnement des familles, en particulier pour l’accès aux ressources telles que la terre et le capital. Néanmoins, n’appréhender la jeunesse que du point de vue de sa capacité à transformer, innover, saisir les opportunités – le propre des approches strictement centrées sur l’entreprenariat – génère des visions erronées des réalités sociales. La plupart du temps, la famille, et plus particulièrement le chef de famille, reste l’organe principal qui donne accès aux ressources et décide de la répartition des revenus issus de l’activité familiale. Enfin, en raison de l’absence de système de sécurité sociale, les travailleurs familiaux ont aussi la charge des personnes inactives de la famille, plus ou moins élargie.

Pour lire l’article en entier sur le site du blog de la Fondation FARM

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