Innovations et Réseaux pour le Développement
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L’endettement des pays dits en voie de développement. Un exemple : le Burkina Faso

1. Les acteurs du financement international

En matière d’endettement du Tiers-monde, les principales institutions concernées sont la Banque mondiale (BM) et le Fonds monétaire international (FMI). Il n’est pas inutile d’évoquer également le Club de Paris qui rassemble un groupe de pays créanciers, jouant un rôle prépondérant en tant que détenteur d’importantes créances sur l’Afrique, d’une part, et le Club de Londres qui rassemble les principales banques créancières, d’autre part.

1.1. La Banque mondiale (BM)

1.1.1. Description

La Banque mondiale est l’une des institutions économiques les plus influentes de la planète. Le Groupe Banque mondiale, qui se définit officiellement comme « une source essentielle d’appui financier et technique pour les pays en développement du monde entier », poursuit deux objectifs : « mettre fin à l’extrême pauvreté en l’espace d’une génération et promouvoir une prospérité partagée ». Elle caractérise son action de la manière suivante : il s’agit « d’un partenariat sans équivalent voué à réduire la pauvreté et à appuyer le développement. (…) Nous accordons aux pays en développement des prêts assortis de faibles taux d’intérêt, des crédits sans intérêts ou encore des dons. Ces financements sont destinés à appuyer des investissements dans un vaste éventail de secteurs : éducation, santé, administration publique, infrastructure, développement du secteur financier et du secteur privé, agriculture, gestion de l’environnement et des ressources naturelles, etc. ». |1| La mission première de cette banque est donc de combattre les inégalités et la pauvreté à travers le monde en promouvant le développement. Intéressons-nous de plus près à cette institution développementaliste.

1.1.2. Genèse

La Banque mondiale fut créée (avec le Fonds monétaire international) en 1944 durant la Conférence monétaire et financière des Nations unies à Bretton Woods dans le New Hampshire. L’objectif était de dessiner les grandes lignes de l’économie mondiale d’après-guerre. Durant cette conférence, les négociations furent dirigées par les délégations britannique et américaine. L’Union soviétique, obtenant la 3e place en termes de vote, ne ratifiera pas les accords finaux et dénoncera, en 1947, à l’assemblée de l’ONU, les institutions créées à Bretton Woods comme des « filiales de Wall Street ». Pour le représentant soviétique, la Banque mondiale était « subordonnée à des objectifs politiques qui en font un instrument d’une seule grande puissance |2| ».

Lors de la création de la Banque mondiale, les États-Unis et le Royaume-Uni totalisaient près de la moitié des voix à eux seuls, vu le fait que le droit de vote au sein de cette institution est défini en fonction du soutien économique respectif de chaque pays.

Ainsi, en 1947, les États-Unis, avec plus de 35 % des droits de vote, sont le seul pays à disposer d’un droit de veto sur les décisions prises, alors que l’ensemble du continent africain n’en dispose que 2,34 % et le continent asiatique 11,66 % |3|.

1.1.3. Évolution

À l’inverse de l’actionnaire d’une société, les États membres ne peuvent pas choisir librement d’augmenter leur quote-part en participant davantage, ce qui maintient la situation de départ. Néanmoins, la répartition des votes évoluera au fil du temps.

La Banque mondiale comprend également un conseil d’administration composé de 25 représentants. Chacun représente un État ou un groupe d’États. Huit pays ont le privilège d’avoir un représentant qui leur est assigné, à savoir le Japon, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Arabie saoudite, la Chine et la Russie. Les 16 membres restants représentent des groupes plus ou moins larges de pays. Par exemple, le représentant espagnol est également le représentant de l’Amérique du Sud.

Le but initial de la Banque mondiale était de favoriser la reconstruction et le développement économique des pays les plus touchés par la guerre, c’est-à-dire les pays d’Europe, ainsi que de favoriser le multilatéralisme et la coopération économique.

Cependant, le Plan Marshall |5|, signé en 1947, se voit assigné la même mission en prévoyant le transfert de 13 milliards de dollars de l’époque — ce qui représente approximativement 100 milliards de dollars en 2012— vers l’Europe. La BM se consacre alors à la réalisation d’un autre objectif, celui de favoriser la croissance économique et le développement des pays du Sud. Elle se compare ainsi à « une coopérative, dans laquelle les actionnaires sont ses 189 pays membres » |6|.

1.1.4. Structure

La Banque mondiale est divisée en cinq organisations, d’où l’appellation « Groupe Banque mondiale » :

1) La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD)
Principale institution du Groupe, son rôle, comme son nom l’indique, est de fournir des prêts et diverses assistances essentiellement aux pays en voie de développement. Elle vise ainsi à réduire la pauvreté dans le monde, construire la prospérité et promouvoir la croissance mondiale |7|.

2) L’Association internationale pour le développement (AID)
Fondée en 1960, elle s’est spécialisée dans l’octroi de prêts à très long terme et à taux d’intérêt très faibles en vue de financer le développement des pays les moins avancés (PMA). Pour ce faire, l’AID mobilise des fonds publics, issus directement de donations volontaires. « Cependant, les restrictions budgétaires et le refus de contribuer au fonds de l’AID de la part des pays développés limitent considérablement les crédits destinés aux pays les plus pauvres » |8|.

3) La Société financière internationale (SFI)
Créée en 1956, c’est une institution adjointe à la Banque et qui est chargée de promouvoir l’investissement privé dans les pays pauvres. Elle octroie différents financements, principalement aux entreprises. Elle mobilise des fonds sur les marchés internationaux et s’occupe de conseiller et d’assister les gouvernements et le milieu des affaires.

4) Le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI)
Créé en 1966, le CIRDI s’occupe de régler les différends entre un investisseur et un État. Étant à la disposition de l’un et l’autre, il garantit, par le biais de procédures de conciliation, d’arbitrage ou de constatation, l’entente entre les deux parties et promeut ainsi les investissements internationaux |9|.

5) L’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI)
Sa mission est de promouvoir les investissements directs étrangers (IDE) dans les pays en voie de développement afin de supporter la croissance économique, la réduction de la pauvreté et l’amélioration de la qualité de vie des populations. |10|

1.1.5. Influence sur le développement

La Banque mondiale occupe une place prépondérante dans le développement et l’endettement des États puisqu’elle octroie des prêts aux autorités nationales en vue de financer des projets de développement. Mais ces prêts sont conditionnés à des réformes politiques et économiques, ce qui impacte le fonctionnement étatique des pays débiteurs. De plus, à partir de la crise de la dette au début des années 80, avec l’aide du Fonds monétaire international, elle participera à la mise en place de plans d’ajustement structurel, ce qui influencera profondément le développement des pays du Sud.

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