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Femmes et cooperatives des organisations d’agricultrices professionnelles au benefice de tous

Des agricultrices professionnelles : la clé du succès

En se professionnalisant et en assumant des positions de leaders aux différents stades de la chaîne de valeur, les organisations de femmes permettent d’augmenter les rendements, des revenus à la hausse et des chaînes de valeur renforcées.

Dans le Pacifique, “les femmes sont la colonne vertébrale des communautés et des familles”, affirme Lavinia Kaumaitotya, cheffe de programme du Pacific Island Farmers Organisation Network (PIFON). Ceci est aussi vrai en Afrique et dans les Caraïbes. Néanmoins, à la tête d’exploitations plus petites que celles des hommes, moins formées et éduquées, souvent illettrées, les agricultrices des pays en développement pâtissent souvent d’un accès réduit aux fertilisants, aux semences améliorées, aux bons équipements et aux informations.

En 2011 déjà, le rapport annuel de la FAO sur l’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde plaidait pour davantage d’investissement dans les compétences des agricultrices : “Simplement donner aux femmes le même accès aux ressources agricoles pourrait augmenter la production des fermes détenues par des femmes dans les pays en développement de 20 à 30 %. Ceci pourrait augmenter la production agricole des pays en développement de 2,5 % à 4 %, ce qui en conséquence réduirait le nombre de personnes affamées de 100 à 150 millions.”

Les avantages des coopératives

Les coopératives, qui sont souvent le premier niveau d’organisation collective des petits agriculteurs, jouent un rôle considérable dans l’acquisition de nouvelles compétences techniques ou d’accès à un meilleur matériel. Au Sénégal, la Fédération des groupements et associations de femmes productrices de la région de Saint-Louis représente près de 50 000 agricultrices. La fédération s’est associée à AfricaRice pour étendre la disponibilité en riz certifié et fournir des formations à sa culture : “Les femmes ont pu produire des semences ou accéder à des semences certifiées pour leur qualité et abandonner l’usage de semences mélangées qui affectaient la qualité du riz”, explique Peinda Cissé, présidente de la fédération.

Quand bien même elles comptent en moyenne pour 43 % de la main-d’œuvre agricole des pays en développement, d’après la FAO, les femmes restent cantonnées à des activités de subsistances dans le secteur informel et sont peu représentées aux stades les plus professionnalisés des chaînes de valeur agricoles – transport, marketing et vente.

En Jamaïque, par exemple, une agricultrice membre de la Guys Hill Limited Cooperative témoigne, dans le cadre d’une étude sur les avantages et les défis auxquels font face les femmes au sein des coopératives : “Mon terrain en en pente et, quand il pleut, l’érosion est un énorme problème. [En collaboration avec la coopérative], le personnel de la RADA [Rural Agriculture Development Authority] m’a appris à aménager des haies et m’a conseillée sur les meilleurs plants à cultiver”.

Dans son blog pour Spore, Agnes Apea, qui promeut la culture du riz par les femmes en Ouganda, résume : “Technologie, renforcement des compétences, services de conseils en affaires et accès au capital sont des éléments cruciaux du succès des femmes dans l’agrobusiness.” Autant de compétences et de services que les coopératives ou associations peuvent fournir.

Promouvoir une “approche intégrée”

Pour acquérir des compétences professionnelles, les femmes doivent d’abord être davantage impliquées dans les structures collectives. Entre 2011 et 2015, l’initiative Rural Women Striding Forward de l’ONG Global Fund for Women a octroyé des prêts (9 500 € en moyenne) à 22 groupes de femmes au Burkina Faso, au Kenya et en Ouganda. Ces fonds ont permis de financer des formations aux techniques agricoles, aux affaires et au plaidoyer, ainsi que des initiatives de sensibilisations aux droits des femmes. Les bénéficiaires ont ainsi pu s’imposer au sein d’organisations communautaires. Bilan général : entre 5 % et 50 % d’augmentation des rendements, des revenus en hausse de 30 % en moyenne pour les femmes, la majorité des foyers concernés consomment désormais trois repas par jour et de nombreuses bénéficiaires jouissent d’un rôle de leader au sein de leur communauté, à égalité avec les hommes.

Au-delà des bilans comptables, “nous avons vu des femmes élues aux conseils de village, nous avons vu des femmes qui ont dispensé des cours d’alphabétisation, nous avons vu des femmes qui ont formé un réseau pour le plaidoyer… Elles ont transposé leur rôle dans les foyers au niveau de la communauté”, explique Muadi Mukenge, ancienne directrice des programmes pour l’Afrique subsaharienne de Global Fund for Women.

L’organisation relève ainsi qu’“une approche intégrée permet aux bénéficiaires de faire la démonstration que le succès des femmes en agriculture est intimement lié aux connaissances de leurs droits et à l’opportunité de s’affirmer au sein de leurs communautés et à des niveaux plus élevés”.

Conseillère en agrobusiness et spécialiste des coopératives, Mascha Middelbeek confirme : “Des organisations diversifiées ont tendance à être plus professionnelles et à obtenir de meilleurs résultats”, parce qu’elle prennent en compte les besoins de tous. “Tout en visant une meilleure représentation des femmes au sein des organisations agricoles, il est aussi important de les former au leadership pour leur permettre d’être les ambassadrices des autres femmes de l’organisation et de représenter leurs intérêts.”

Au Cameroun, entre 2003 et 2011, le programme du FIDA Roots and Tubers Market-Driven Development a ainsi permis, entre autres, de renforcer et développer les compétences des productrices et des transformatrices en termes de gouvernance, d’analyse et de gestion au sein des organisations agricoles. Résultat : la production de manioc a augmenté de 214 %, celle d’igname de 187 % et celle de pommes de terre de 135 %. Les meilleurs revenus ainsi générés leur ont fait prendre conscience de leur poids économique au sein de la chaîne de valeur et leur ont donné la confiance nécessaire à une plus ample participation dans les prises de décisions collectives. À l’issue du programme, les femmes représentaient 95 % des membres des comités villageois, autrefois contrôlés par les hommes.

Le rôle du secteur privé

Les gouvernements peuvent contribuer à créer un environnement propice à la professionnalisation des agricultrices en s’assurant que leurs droits soient reconnus et respectés, qu’il s’agisse d’accès à la terre, au financement ou aux intrants ; en promouvant les organisations agricoles qui accordent une juste place à leurs membres féminins ; en construisant les infrastructures nécessaires à la production, la transformation et au commerce des denrées alimentaires.

De son côté, le secteur privé a aussi un rôle à jouer. Dans un rapport intitulé Investing in Women Along Agribusiness Value Chains (en anglais), la Société financière internationale (IFC) estime que le secteur privé devrait miser sur les femmes à chaque étape de la chaîne de valeur – culture ; récolte ; transformation et stockage ; transport, marketing et vente. De quelle façon ? En soutenant l’accès au crédit, aux terres et aux intrants, en les impliquant dans des formations professionnelles, et en s’assurant qu’elles soient justement payées. Ainsi, affirme le rapport, les entreprises de l’agroalimentaire donneront une meilleure image d’elles-mêmes et bénéficieront d’une loyauté accrue de leur clientèle, de ventes garanties, d’un accès à de nouveaux consommateurs et d’une meilleure connexion des agriculteurs à des débouchés sur les marchés.

Craignant un déséquilibre entre la demande en chocolat et l’offre en cacao, l’entreprise Mars Chocolate a lancé, en 2015, un plan de renforcement de sa chaîne d’approvisionnement, avec une attention particulière portée à l’inclusion des femmes. En collaboration avec l’ONG CARE International, la multinationale a fourni des prêts et facilité l’accès au financement à des femmes de 25 communautés en Côte d’Ivoire. Les agricultrices ont aussi pu bénéficier de formations dispensées par des Farmer Field Schools et d’un soutien technique. Au final, ces initiatives ont permis d’augmenter la productivité des agricultrices et de stabiliser l’approvisionnement en cacao de Mars, d’après le rapport de l’IFC. Au final, lorsque les agricultrices se professionnalisent, tout le monde y gagne.

Source : Article écrit par Vincent Defait (Spore Magazine)

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