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Les Organisations Paysannes à l’épreuve du changement

Les associations paysannes sont un partenaire de longue date de la DDC. Grâce à un accompagnement de longue haleine, beaucoup d’entre elles sont reconnues aujourd’hui comme des acteurs incontournables pour la mise en œuvre de politiques agricoles par de nombreux gouvernements et par les organisations multilatérales régionales. Elles sont cependant très diverses et doivent encore faire face à de nombreux défis dans une Afrique de l’Ouest en pleine mutation : les jeunes et les femmes doivent encore trouver leur place au sein des organismes de gouvernance, la qualité des services fournis peut encore être améliorée, leurs relations avec le secteur privé peuvent être rendues plus complémentaires et transparentes. La DDC s’engagera dans ce sens mais innovera et élargira son appui au monde paysan ouest africain en appuyant également d’autres agents de changement, principalement des jeunes, qui, au niveau individuel et au travers de la création d’entreprises, contribueront au développement de la sous-région.

Appelons-le Moussa et disons qu’il vit au Mali, où il est paysan comme les trois-quarts de la population active en Afrique de l’Ouest. Lorsqu’il a besoin de semences ou d’engrais au meilleur prix, il s’adresse naturellement à l’organisation paysanne à laquelle il est affilié. Il compte encore sur elle pour connaître les prix du marché, accéder à un micro financement ou obtenir des conseils techniques. Il sait aussi qu’elle plaide pour la cause agricole auprès des autorités. Bref, l’organisation paysanne est à la fois son outil, son encadrement et son représentant. Avec de sensibles différences, cela est vrai dans tous les pays d’Afrique où ces mouvements existent. Il était naturel que la Suisse donne son appui à ces structures qui permettent d’améliorer le sort des paysans, en l’occurrence en Afrique de l’Ouest. La DDC est même reconnue par ses partenaires comme incontournable dans ce soutien. Celui-ci a donc été reconduit d’une échéance à l’autre en adaptant son appui à l’évolution des organisations paysannes. L’action de la DDC en zone rurale ne passe pas uniquement par ces organisations, mais à l’heure où l’agriculture de ces pays est en pleine transformation, il était temps de dresser le bilan de leur rôle, leur fonctionnement et leur pertinence. La Division Afrique de l’Ouest (DAO) de la DDC a donc commandité une étude dans les cinq pays où elle intervient et qui tous ont déclaré l’agriculture secteur prioritaire : Burkina Faso, Mali, Tchad, Niger et Bénin. Menée par des consultants nationaux pour les bilans par pays et internationaux pour le bilan global, l’enquête s’est déroulée de janvier à mars 2017.

INFLUENCE NATIONALE ET RÉGIONALE

Premier constat, les organisations paysannes (OP) ont joué un rôle crucial pour le monde rural des pays concernés. Les États se sont en effet désengagés du soutien à l’agriculture dès les années 80, suite aux ajustements structurels demandés par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Sans cet encadrement, « les paysans ont vite compris que s’ils ne s’unissaient pas, ils ne pouvaient pas accéder aux appuis ou aux financements proposés par les donateurs et les ONG », explique Pascal Rouamba, conseiller régional en matière d’agriculture pour la DDC, basé à Ouagadougou. D’où la création de milliers d’organisations auxquelles l’immense majorité des paysans est affiliée, en raison de ces services. Actuellement, la Suisse en soutient directement plus de 500 aux niveaux local et national, et trois au niveau régional. « Dans un premier temps, nous les avons aidées à se mettre en place ». Dès la fin des années 90, elles ont cherché à participer au dialogue social et au débat politique aux niveaux national et régional via des organisations faîtières. Celles-ci, par leur plaidoyer, ont ainsi influencé les politiques agricoles dans ces pays. « Cette représentation, que nous avons accompagnée, a largement contribué à la défense de l’agriculture familiale et aux décisions régionales en matière d’investissement par exemple, souligne Pascal Rouamba. Ce travail en grande partie accompli, les organisations faîtières donnent l’impression de stagner. Maintenant, il est nécessaire de soutenir plutôt des filières spécifiques comme le riz, le lait, l’élevage, ou des thèmes précis comme l’inclusion des jeunes et des femmes »

COLLABORATION AVEC LE SECTEUR PRIVÉ

Qui dit filières, dit constitution d’interprofessions à même de gérer la chaîne de valeur, de la production à la commercialisation, et dans lesquelles les OP doivent trouver leur place en partenariat avec le secteur privé. Ce thème est largement ressorti de l’étude mentionnée plus haut. Dans certains domaines comme les achats groupés d’intrants, l’accès au financement ou le plaidoyer, « les organisations sont toujours incontournables », estime Amadou Soufiyane, en charge du programme d’appui rural du bureau de la DDC au Niger. Les OP ont par exemple joué un rôle majeur dans le « warrantage », qui consiste à stocker une partie des récoltes. Ces réserves peuvent servir de garantie pour obtenir des microcrédits, permettent d’attendre des prix de marché favorables et participent à la sécurité alimentaire durant les périodes de soudure. Autre succès, au Niger comme au Mali les organisations ont réussi à faire reconnaître le pastoralisme comme mode de vie et comme apport économique. Certaines organisations paysannes ont toutefois de la peine à passer d’une fonction traditionnelle d’organisation sociale à celle d’acteur économique, participant à la modernisation de l’agriculture, selon Dominique Crivelli, en charge du suivi du développement rural de la DDC au Burkina Faso. Par exemple, « elles parlent peu du sous-emploi des jeunes ». Ailleurs, comme au Niger, nombre d’entre elles « ont compris l’intérêt du secteur privé, affirme Amadou Soufiyane. Les revenus qu’ils tirent de ces partenariats les mettent partiellement à l’abri de la volatilité des financements de certains bailleurs de fonds. Elles sont de plus en plus opposées aux subventions ».

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