Innovations et Réseaux pour le Développement
Development Innovations and Networks
Innovación y redes para el desarrollo

  • img
  • img
  • img
  • img

Les petits exploitants bénéficient-ils vraiment des applis mobiles ?

Une série de d’articles du magazine Spore concernant le bien fondé ou non des applications mobiles et leurs utilisations dans le domaine de l’agriculture.

Applis : des impacts qu’il reste à prouver

En Afrique, les régions rurales restent confrontées à des infrastructures mal développées, à des services de vulgarisation insuffisants et à des opportunités limitées en matière d’emploi et de revenus. De nombreux petits exploitants agricoles font face à des difficultés pour accéder aux informations sur les méthodes de production, les tendances météorologiques ou encore les prix. Ces mêmes fermiers se retrouvent souvent exclus des marchés d’intrants et extrants ainsi que des services financiers – assurances, prêts et services bancaires – qui pourraient pourtant les aider à atténuer les risques et à mieux gérer leurs opérations agricoles. La capacité des téléphones portables à remédier à ces problèmes suscite beaucoup d’espoir. La diffusion rapide de cette technologie et l’engouement initial autour de son potentiel ont entraîné des investissements dans les solutions offertes aux agricultures via le téléphone portable. Une évolution également favorisée par l’émergence d’une communauté de start-up dans de nombreux pays africains, à la recherche d’opportunités commerciales.

Répartir les bénéfices

Aujourd’hui, de nombreuses applis sont disponibles pour les petits exploitants et beaucoup sont convaincus de leur potentiel. Mais que savons-nous réellement de leurs impacts ? La réponse est simple : pas grand-chose. Les preuves empiriques des effets des applis sont peu nombreuses. Beaucoup ne sont pas encore adoptées suffisamment largement en raison, entre autres, de modèles d’entreprise inadaptés, d’un accès limité aux financements et de difficultés de commercialisation. Il est donc difficile d’étudier leur pouvoir de transformation. De plus, le développement d’applis mobiles en Afrique est de plus en plus porté par le secteur privé. Bien que ces fournisseurs de services mènent leurs propres évaluations, ils n’ont que peu d’intérêt à partager leurs données – qui permettraient pourtant de mieux connaître l’utilisation de l’appli, ses utilisateurs et son impact.

Parmi les études empiriques publiées à ce jour, la plupart se concentrent sur les services d’information et, dans une moindre mesure, sur la commercialisation et les paiements mobiles. La littérature nous permet de tirer quelques conclusions préliminaires. Les agriculteurs indiquent souvent avoir bénéficié des services d’information, principalement à travers une amélioration de la planification de la production et de la gestion des risques météorologiques. Si c’est aussi le cas pour les services d’information sur les prix, ces perceptions positives ne sont pas toujours confirmées par les données collectées sur les prix. La plupart des études qui se sont penchées sur les aides à la commercialisation basées sur le téléphone portable ont constaté que les applis mobiles avaient des effets limités sur les structures de commercialisation et les tendances commerciales, qui restaient globalement inchangées en raison d’autres contraintes, comme le manque d’autres options de commercialisation ou la dépendance vis-à-vis de l’acheteur pour l’obtention de crédits ou d’intrants. Le principal avantage des services bancaires mobiles pour les agriculteurs est qu’ils leur permettent de recevoir plus facilement de l’argent, notamment les envois de fonds.

Suite de l’article

Les applis doivent répondre aux exigences du marché

Les applis mobiles et les plateformes TIC peuvent transformer la vie des agriculteurs en améliorant considérablement leur accès aux marchés et les performances du secteur agricole. Toutefois, plusieurs obstacles peuvent limiter l’accès des petits agriculteurs aux applis qui leur sont destinées :

  • la plupart des agriculteurs des pays ACP ne peuvent pas utiliser ces applis car ils n’ont pas de smartphone ;
  • bon nombre d’agriculteurs ne savent pas comment utiliser les plateformes TIC et ne sont pas conscients des avantages qu’elles peuvent leur apporter ;
  • la majorité des agriculteurs n’ont pas l’argent nécessaire pour s’abonner aux services TIC proposés ou ne souhaitent pas faire cette dépense ;
  • une appli similaire plus efficace existe peut-être déjà ;
  • la demande du marché pour le service proposé n’est pas toujours suffisante ;
  • dans beaucoup de pays, les gouvernements ne soutiennent pas suffisamment l’adoption des TIC par les agriculteurs.

Les start-up et les développeurs de logiciels qui envisagent de déployer une nouvelle appli offrant une solution à un problème agricole bien défini doivent veiller à réaliser une étude de marché approfondie pour éviter les problèmes énumérés ci-dessus. Seules les applis ayant été conçues, au terme d’une analyse poussée du marché, pour répondre aux besoins des clients cibles apporteront une plus-value et auront un impact durable.

Éduquer les utilisateurs finaux

De nombreuses start-up ont conçu des logiciels pour répondre à des problèmes agricoles. Malheureusement, les agriculteurs ne sont souvent pas prêts à payer pour bénéficier de ces services. Il y a plusieurs raisons à cela, outre le fait de ne pas avoir l’argent nécessaire pour s’offrir ces services. Les utilisateurs potentiels peuvent ne pas comprendre le fonctionnement de l’appli ou, simplement, douter de son utilité.

Les entrepreneurs qui envisagent de commercialiser une appli innovante doivent dès lors investir dans la sensibilisation et la formation sur le terrain afin d’expliquer aux agriculteurs comment utiliser leurs services et d’en présenter les avantages. À cette fin, il convient de développer des stratégies appropriées de développement client – pouvant inclure une coopération avec des organisations publiques ou l’utilisation de fonds publics pour le soutien aux agriculteurs.

Lire la suite

Des applications pour aider les agriculteurs à sortir de la pauvreté

L’Afrique est le berceau de l’humanité, mais on a toujours le sentiment, au XXIe siècle, que ce continent a pris beaucoup de retard en matière de développement économique et de modernité. Bien que l’agriculture reste le principal moteur de l’économie dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, ce secteur est dominé par l’agriculture pluviale de subsistance, caractérisée par une faible productivité et des possibilités commerciales sous-développées. Parmi les principaux facteurs à l’origine de cette situation figurent la mauvaise qualité des infrastructures, l’accès restreint aux intrants et leur disponibilité limitée, ainsi que les difficultés rencontrées par les agriculteurs pour obtenir des informations récentes et pertinentes permettant d’améliorer leur production agricole.

Bien entendu, ces problèmes ne veulent pas dire que les programmes de développement agricole sont inefficaces. Au contraire, on enregistre d’importantes réussites dans tous les domaines du développement agricole. Mais instaurer le changement prend du temps et cette lenteur peut créer des frustrations. L’innovation technologique a des effets remarquables sur toute une série d’entreprises humaines, y compris l’agriculture. Est-il possible pour l’Afrique d’accélérer l’amélioration de ses systèmes agricoles via l’application ciblée de ces technologies ? Je pense que la réponse à cette question est “oui”, et ce pour trois raisons : les bonds technologiques – les pays africains ont déjà prouvé qu’ils étaient très doués pour surmonter leurs faiblesses infrastructurelles en sautant les étapes en matière de développement technologique. Entre autres exemples frappants, citons l’adoption de la technologie de la téléphonie mobile par des utilisateurs qui n’avaient jamais eu de ligne téléphonique fixe, ainsi que l’utilisation de services bancaires mobiles par des communautés rurales qui ne disposent même pas d’installations bancaires physiques de base ; la pénétration rapide des technologies de communication mobile – selon des rapports de la GSM Association, la pénétration des abonnements de téléphonie mobile en Afrique augmentera de 44 % à 52 % entre 2018 et 2025. Plus important encore pour les applications de données, l’utilisation de l’Internet mobile augmentera de 21 % à 40 % et l’adoption du smartphone de 34 % à 68 % pendant cette même période ; l’émergence de l’intelligence artificielle (IA) – le développement d’applications d’IA entre dans une phase quasi exponentielle. La coexistence de cette nouvelle technologie et de la révolution mobile en cours en Afrique signifie que l’IA sera en première ligne des nouvelles applications mobiles visant à renforcer l’agriculture africaine.

Exploiter le potentiel de l’IA

En gardant ces éléments à l’esprit, mon équipe de l’IITA a collaboré avec une équipe de l’Université de l’État de Pennsylvanie (PSU) dirigée par David Hughes pour commencer à mettre concrètement l’IA au service du développement agricole en Afrique. Ensemble, nous développons une application pour smartphone qui utilisera l’IA basée sur l’apprentissage automatique pour diagnostiquer les maladies du manioc et les dommages causés à cette plante par les nuisibles. Le manioc est la principale culture produite en Afrique et elle joue un rôle crucial pour préserver la sécurité alimentaire, mais cette plante est ravagée par des maladies virales depuis plusieurs dizaines d’années. Plus de la moitié des plants de manioc d’Afrique sont touchés par deux maladies virales : la mosaïque du manioc et la striure brune du manioc.

Chaque année en Afrique, plus de 800 millions d’euros partent en fumée à cause de ces deux maladies. Elles provoquent des symptômes qui peuvent être facilement identifiés par des chercheurs qualifiés ou des agents de vulgarisation et, une fois la maladie identifiée, des conseils sont disponibles pour la combattre efficacement. Cependant, peu d’agriculteurs connaissent l’existence de ces maladies, et plus rares encore sont ceux qui ont accès aux informations pour les maîtriser. Face à ce problème, les chercheurs de l’IITA, de la PSU et moi-même nous sommes posé ces questions : que se passerait-il si les agriculteurs pouvaient reconnaître eux-mêmes ces maladies ? Et s’ils pouvaient aussi recevoir des conseils pour les combattre ? Et s’ils pouvaient être mis en contact avec un réseau de producteurs, de travailleurs agricoles et de chercheurs œuvrant ensemble pour lutter contre ces maladies et améliorer la productivité du manioc ?

Lire la suite

Autres articles sur ce sujet :

Riz : Filière prometteuse cherche jeunes entrepreneurs

Une application mobile et des centres de services mécanisés aident les riziculteurs ouest-africains à augmenter leurs rendements et leurs revenus. Ces innovations créent des opportunités d’emplois pour les jeunes ruraux, dans une filière de premier plan.

Bientôt une application mobile pour lutter contre les ravageurs

Une application mobile permettant d’identifier les ravageurs des cultures maraîchères afin d’adapter les méthodes de lutte idoines devrait être mise à la disposition des acteurs du monde agricole, d’ici à quelques mois. Elle est conçue pour aider à lutter contre l’usage abusif des pesticides et préserver l’environnement. Elle devrait fonctionner avec une base de données intégrée et ne requiert pas de connexion Internet

Les articles de la même rubrique

img

Plateforme de l’agriculture familiale : tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sujet

Aujourd’hui, 1 personne sur 9 s’endort le ventre vide. En 2050, il y aura 2 milliards de bouches supplémentaires à nourrir. Un défi impossible ? Non ! L’agriculture familiale peut répondre aux grands enjeux de demain : nourrir les hommes, lutter contre la pauvreté et préserver l’environnement. (...)

img

Gestion interactive du cycle de projet – PCMi

La plate-forme interactive de gestion de cycle de projet de la Direction du développement et de la coopération DDC. La plate-forme vous offre un choix de différentes options pour l’auto-apprentissage afin d’améliorer ou d’actualiser vos compétences en matière de gestion de cycle de projet. (...)

img

Changement climatique : un fardeau injuste

Cette publication met en lumière les problèmes engendrés par le réchauffement climatiques et les stratégies d’adaptation adoptées par les populations locales africaines pour atténuer leur vulnérabilité.
Au cours des deux dernières décennies, 200 millions de personnes dans le monde ont été sauvées de la (...)

img

Côte d’Ivoire : pauvres paysans !

Le 5 mai dernier, le gouvernement ivoirien a annoncé le durcissement de sa loi sur la pénalisation de l’évasion des cultures d’exportation.
Les cultivateurs de café, de cacao et d’anacarde qui écoulent le fruit de leur labeur à l’extérieur du pays s’exposent désormais à 10 ans de prison et 50 millions (...)

img

Fiches techniques sur le sésame, l’oignon roue, la pastèque...

Différentes fiches techniques pour la production de :
Le Sésame
Le Niébé
La pastèque en saison sèche chaude
L’oignon rouge
La pomme de terre