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Il faut sortir de l’omerta sur le franc CFA

Pour l’économiste togolais Kako Nubukpo, la parité fixe avec l’euro est une entrave au développement des quatorze pays africains de la zone franc. Il appelle au débat.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/09/30/il-faut-sortir-de-l-omerta-sur-le-franc-cfa_5006146_3212.html#LftivEMbuDjoq62i.99

Le moment n’a pas été choisi au hasard. Vendredi 30 septembre à Bercy, le ministre de l’économie et des finances, Michel Sapin, réunira ses homologues des quatorze pays de la zone franc pour « échanger sur les grands enjeux économiques et monétaires d’intérêt commun » avant les assemblées d’automne du FMI et de la Banque mondiale organisées la semaine prochaine à Washington. Croissance, investissement, développement… parmi les thèmes listés par Bercy figure sans surprise un grand absent : le franc CFA lui-même, dont la parité fixe avec le franc puis avec l’euro depuis soixante-dix ans demeure un non-sujet. Pis, un tabou dans les débats sur la situation économique des pays de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale qui partagent cet héritage de la colonisation.

Des économistes africains et européens ont entrepris de briser « cette loi du silence ». Ils publient Sortir l’Afrique de la servitude monétaire. A qui profite le franc CFA ? (éd. La Dispute, 242 p., 15 euros), dont Le Monde Afrique vous offre en exclusivité les bonnes feuilles.

Lire aussi : Regain de rébellion africaine contre « la servitude monétaire » du franc CFA

Preuve que le sujet est sensible, plusieurs d’entre eux ont payé au prix fort leur parole hétérodoxe au cours de leur carrière. A commencer par l’un des plus déterminés d’entre eux : Kako Nubukpo. Directeur de la Francophonie économique et numérique au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) depuis quelques mois, l’ancien ministre togolais de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques, 48 ans, avait été poliment remercié en 2015. Comme quelques années plus tôt, il avait dû quitter son poste d’économiste de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO). S’il reconnaît que le combat est rude, il estime cependant que le choc provoqué par le Brexit et la crise grecque peut faciliter l’ouverture d’un débat sur un modèle qui, selon lui, « n’a pas tenu ses promesses et plombe le développement de nos pays ». Il nous a reçu dans son bureau de l’avenue Bosquet, à Paris.

Demander la fin de l’arrimage au franc CFA (communauté financière africaine) depuis le siège de l’Organisation internationale de la Francophonie avec vue sur la tour Eiffel, ce n’est pas un peu provocateur ?

Kako Nubukpo La Francophonie n’est pas une extension du domaine de l’empire. Il existe un vrai projet à 80 pays pour construire un espace de prospérité. Je suis en effet un des contempteurs du franc CFA tel qu’il fonctionne aujourd’hui, mais ma démarche n’est pas identitaire. Elle est celle d’un économiste qui pose cette question : dans des pays où la population double tous les vingt-cinq ans, les politiques actuelles sont-elles au service de la croissance et de la création d’emplois ? Ma réponse est non.

Que reprochez-vous au franc CFA ?

Je ne pense pas que nos pays puissent se développer en pratiquant la politique monétaire de l’Allemagne. Or la situation est bien celle-là. Notre arrimage à l’euro nous contraint à pratiquer la politique monétaire d’un pays fort dans des économies faibles. Cela revient à taxer les exportations et à subventionner les importations. Regardez, à l’exception de la Côte d’Ivoire qui bénéficie des revenus du cacao, toutes les balances commerciales des pays d’Afrique de l’Ouest sont fortement déficitaires. Le bilan de ces soixante-dix dernières années est dramatique : la productivité de nos économies demeure très faible, nous faisons partie des derniers dans les classements des Nations unies sur le développement humain, nos pays échangent très peu entre eux…

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